Reveiller l’enfant qui dort en vous avec Anish Kapoor.

Je reviens de l’exposition enchantee, transcendee, emerveillee, dansant sur la pointe des pieds. L’impression d’etre passee, quelques instants, dans un monde de geants, une dimension autre. Rappelez-vous cette etonnante sculpture

Je sors l’enorme livre ramenee du musee. Je lis laborieusement, les interpretations philosophiques de son oeuvre. A s’en donner mal au crane. Non, vraiment, le ctalogue est une pure merveille de representations, mais on n’a pas fait mieux cote texte depuis l’Assomoir de Zola. Ethnographie, authenticite, connection, metonimie, ontologie, internationalisme, pointillisme. Le moindre millimetre de l’oeuvre est analyse. Si un grain de poussiere y apparait, il doit avoir une signification.

Comme pour Pop Life, il me semble que le plus important est oublie. L’effet premier de l’oeuvre, son impact sur le grand public. Les differents auteurs du livre effleurent a peine le sujet, s’etonnant presque de l’accueil toujours extatique de ses expositions par le commun des mortels.

Je ne vous parlerai donc pas  du travail de l’artiste sur les frontieres de l’objet, comment ceux-ci semblent s’etre materialises dans la piece ou comment d’autres se dematerialisent litteralement en effacant leurs limites, jouant sur une quasi-transparence. Ni de l’utilisation eclatante des couleurs, du monochrome, de la sculptures de pigments, du tournoiement des angles, du jeu sur l’instabilite du monde physique.

Par contre, j’attirerai votre attention sur le cote ludique. L’exposition est, finalement, ideale avec des enfants. Des sculpture de cire, qui font penser a la playdoh, pulverisees a coup de canon et qui prennent la forme des tenants de porte? Un reve d’enfant, comme sorti d’un cartoon Warner! Roger Rabbit n’aurait pas reve mieux. Des formes improbables de pigment, qui semblent tenir en equilibre, menacer de s’envoler au moindre souffle, aux couleurs pop, comme des chateaux d’enfants ultra-sophistiques… Des formes qui prennent possession des murs, en les creusant ou les rebondissant, comme des aventures de science-fiction… Ou encore cet enorme siphon aux couleurs rouille, qui engloutit la piece, sorte de soucoupe volante atterrie la.

Et puis, cette salle aux miroirs, aux allures de fete foraine, ou pas un adulte n’a plus de 5 ans et s’amuse a faire des pirouettes, des pas glisses, a sautiller, a se photographier, part chercher toutes ses connaissances en craint “Viens voir!”. On s’y mincit, epaissit, renverse, s’oublie, se recree a l’infini.

Parce que dans toute oeuvre d’art, finalement, on projette un peu de soi, qu’on soit artiste ou public.

Anish Kapoor
Royal Academy of Art
Burlington House
Piccadilly
London W1J 0BD
£12

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4 Responses to “ Reveiller l’enfant qui dort en vous avec Anish Kapoor.”

  • sandra says:

    Tu sais toujours trouver les bons mots ! et là, je pense que même les plus “farouches” s’empresseraient d’aller faire un tour à cette exposition “enchantée”…

  • Chocoralie says:

    Il me semble vraiment qu’une oeuvre doit d’abord etre appreciee avant d’etre over-analysee.
    Apres tout, du grand public passee voir l’expo, combien comprennent le lien avec le pointillisime et la metonymie?
    Comme avec un bon roman, on lit, on savoure d’abord l’histoire. On paufine ensuite!

  • nath says:

    Tu es dure avec l’assommoir de Zola ! Il ne m’avait pas paru assommant !
    Même problème avec la littérature, les oeuvres sont épluchées sous toutes les coutures. Idem pour les albums pour enfants : on m’a infligé une conférence de 3 heures sur Claude Ponti… Ses albums y ont été disséqués phrase par phrase… J’aime beaucoup Ponti et je suis sûre qu’on lui a prêté des intentions qu’il n’avait même pas pas.
    Je suis d’accord avec toi, le plaisir d’abord !

  • Chocoralie says:

    L’aurais-je lu de mon plein gres, a l’ombre d’un arbre, au soleil, en voyage, sans-doute l’aurais-je vecu differemment.
    Mais justement, trois livres m’ont particulierement pese durant mes etudes a force d’etres analyses, que dis-je, disseques: celui-la dont le titre a fini par me donner de l’urtiquaire, Madame Bovary (dont le deces ne clot meme pas le bouquin) et Oliver Twist.

    Comme toi, il me semblait que l’auteur n’avait pas toujours voulu, pense, meme inconsciemment a la place du virgule, que le choix d’un mot etait parfois totalement fortuit et que l’on prete aux auteurs des significations qui n’ont pas forcement lieu d’etre! Le subconscient a bon dos…

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